Où en sont les régions dans la campagne électorale ?

Analyse

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Chaque campagne électorale québécoise revient avec une question familière : quelle place les partis réserveront-ils aux régions ?

À mi-campagne, force est de constater que le sujet n’est pas explicitement abordé. Certes, les autobus de campagne sillonnent le Québec, mais il serait difficile de faire ressortir un engagement fort, ou un discours qui touche spécifiquement nos territoires.

Et pourtant, les attentes sont grandes. Jetons un coup d’œil à ce que les associations municipales ont clairement détaillé en publiant leur plateforme électorale. Pour la Fédération québécoise des municipalités (FQM), en plus des investissements dans les infrastructures et de la couverture cellulaire, elle réclame notamment le transfert de 5 000 emplois publics supplémentaires en région, un meilleur apport de nouveaux arrivants et une réduction du fardeau réglementaire imposé aux municipalités et aux entreprises. Sur certains enjeux sectoriels, comme la forêt, la FQM va plus loin et réclame explicitement une gouvernance davantage décentralisée.

L’Union des municipalités du Québec formule un constat similaire sous un autre angle. Elle souhaite notamment que les municipalités participent à l’établissement de cibles régionales d’immigration et à la planification énergétique, en plus de réclamer une révision du partage des redevances sur les ressources naturelles. Elle propose même des états généraux sur les responsabilités et les sources de revenus du monde municipal.

Derrière ces propositions se dessine un besoin toujours accru d’autonomie et de responsabilité pour les gouvernements de proximité, comme pour les entreprises. Mais, encore aujourd’hui, il reste à un parti à se rapprocher de ces attentes.

À la lecture des propositions dévoilées jusqu’ici, une première constatation s’impose : les formations politiques n’accordent pas tous la même place aux régions dans leur projet politique. Et surtout, ils n’en ont pas tous la même conception.

Pour certains, ils commencent tout de même à articuler une véritable vision territoriale. Le Parti libéral du Québec met notamment de l’avant la décentralisation et une plus grande capacité d’action des municipalités. Le Parti Québécois insiste davantage sur le poids politique des régions et sur la nécessité pour les territoires producteurs de ressources de bénéficier davantage de la richesse qu’ils génèrent. Québec solidaire propose plutôt de régionaliser certaines politiques nationales, notamment en matière d’immigration. La Coalition avenir Québec, de son côté, doit autant défendre son bilan que présenter de nouvelles propositions, après huit années au pouvoir et la mise en place de différents mécanismes visant l’occupation et la vitalité des territoires.

D’autres propositions touchant le logement, les infrastructures, l’agriculture, la forêt, l’énergie ou la main-d’œuvre auraient évidemment des conséquences importantes hors des grands centres. Mais une mesure qui s’applique en région n’est pas nécessairement une politique de développement local.

C’est pourquoi l’absence d’une vision régionale clairement identifiable chez certains partis mérite aussi d’être observée. Elle ne signifie pas nécessairement que ceux-ci se désintéressent des régions. Elle peut toutefois indiquer que le sujet est surtout considéré comme un endroit où appliquer des politiques nationales plutôt que comme un niveau à partir duquel les concevoir. Le fameux mur-à-mur semble être privilégié. Or, il est décrié par ceux qui sont concernés.

Il reste encore quelque temps à la campagne en cours pour ajuster les discours, mais une campagne électorale est aussi un exercice de priorisation. Ce que les partis choisissent de ne pas mettre de l’avant est révélateur.

Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir qui promet le plus aux régions, mais qui est prêt à leur permettre d’avoir les moyens de décider par et pour elles-mêmes.