Avec seulement deux partis sur cinq ayant présenté des propositions électorales en environnement, plusieurs questions se posent sur la place qu’occupera ce secteur au lendemain du 5 octobre.
Le Parti Québécois et Québec solidaire ont tous deux déposé un plan complet pour le domaine de l’environnement, distinct de leur plateforme électorale. Cette pratique, peu commune lors des campagnes précédentes, comporte le risque de traiter l’environnement en silo et d’en limiter les interactions avec les autres sphères de la politique. Les deux partis semblent cependant relever ce défi en proposant des mesures qui positionnent l’environnement comme un levier de développement économique et social pour le Québec, même si leur priorisation des sous-enjeux et leur degré d’ambition diffèrent.
Silence radio
Le silence des autres partis sur la question environnementale laisse pour sa part un vide. L’idée n’est pas seulement de prendre position, mais surtout de comprendre la place que ce secteur occupera dans le prochain gouvernement. La question demeure bien plus large que la réduction des GES. Elle inclut de nombreuses entreprises environnementales, plusieurs réglementations qui touchent ces dernières ou encore la gestion de l’énergie. Autant de champs de compétence importants de l’État, qui orientent la mission fondamentale d’un ministère aux pouvoirs considérables, joueur phare du contrôle du territoire qu’il devrait être difficile d’ignorer.
Cette absence de l’environnement comme thématique à part entière dans le discours des chefs peut sembler cohérente dans un écosystème politique mondial qui s’en désintéresse, mais elle demeure surprenante dans le contexte canadien, où le Québec et le Canada sont rarement en phase à ce sujet. Un gouvernement fédéral qui s’engage dans des reculs majeurs, comme c’est le cas actuellement, provoque habituellement un renouvellement de l’engagement environnemental du gouvernement du Québec. En raison de la rivalité entre les deux paliers dans ce domaine de compétence partagée, et de l’importance que le Québec accorde à garder la maîtrise de l’environnement, celui-ci a tendance à multiplier les initiatives et à se poser en rempart pour la protection de l’environnement et les priorités de son territoire. On peut penser au système d’échange et de plafonnement de droits d’émission de gaz à effet de serre, fleuron québécois, versus la taxe carbone canadienne abolie.
On assiste à une première, une absence d’effet réactif des partis face aux engagements fossiles du premier ministre Carney, une indifférence dans un domaine où le Québec n’hésite pas habituellement à être clivant avec ses vis-à-vis canadiens.
Ce manque d’initiative se constate aussi dans les propos des candidats lorsqu’ils sont interrogés sur des enjeux précis. On les entend ainsi réclamer à profusion des BAPE génériques, que ce soit sur la gestion de l’eau ou sur les éoliennes. Cela s’inscrit également dans la tendance à déléguer aux organismes publics et aux sociétés d’État le soin de donner des avis, de proposer des orientations et d’orchestrer de grands chantiers. Or, c’est au gouvernement et à ses ministères qu’il revient d’arbitrer, d’orienter et de prioriser les mesures à adopter dans des transformations de société aussi capitales que la transition énergétique.
L’acceptabilité sociale n’est pas synonyme d’absence de discussion
Ne pas parler d’environnement, éviter de se commettre en s’en remettant à des entités non ministérielles, c’est refuser de gouverner dans un domaine fondamental pour le territoire. Un premier ou une première ministre ne peut pas se soustraire à un domaine parce que les questions y sont complexes; la fonction exige d’être au rendez-vous dans tous les domaines de l’État, quels qu’ils soient.
L’acceptabilité sociale ne peut pas servir de motif pour éviter de trancher ou de prendre position. Pour construire le dialogue social, il faut oser être au cœur des dossiers qui divisent.
Alors même que les médias soulignent cette situation, on assiste à des débats où ils ne posent pratiquement aucune question sur le sujet, où les propositions des deux partis dotés d’une plateforme distincte sont à peine couvertes et où peu de candidats sont invités à commenter les enjeux environnementaux. Dans ces circonstances, qui faut-il blâmer : les partis qui évitent d’en parler ou les médias qui ne les forcent pas à aborder ces questions épineuses?

