Le nouveau premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, a dévoilé mercredi son Conseil des ministres. Avec 23 membres, incluant le premier ministre, c’est l’un des plus petits conseils depuis la Révolution tranquille. Le message est clair : l’État doit se serrer la ceinture, et le conseil exécutif montre l’exemple. En comparaison, le gouvernement de Christine Fréchette en comptait 29, soit six de plus.
Réduire un cabinet est toujours plus difficile que de l’agrandir, surtout quand il faut équilibrer les régions, la parité et les ambitions de chacun. Le premier ministre, dans son allocution, a défini les attentes, et elles sont grandes. Dans un contexte minoritaire, avec moins de ministres pour livrer, c’est sur sa capacité à exécuter, bien plus que sur la taille de son équipe, qu’il sera jugé.
Alléger l’État et le portefeuille des Québécois
Le message du gouvernement s’étend à tout l’appareil de l’État. L’effort commence par le haut : le président du Conseil du Trésor, Alain Therrien, doit geler les salaires des députés et des hauts dirigeants jusqu’au retour à l’équilibre budgétaire. Il doit aussi mener un exercice d’allègement réglementaire dont les économies seront retournées aux Québécois.
Ce chantier se poursuit dans la machine gouvernementale. Le ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale et à l’Allégement réglementaire de l’État, Sébastien D’Astous, doit créer un Secrétariat à l’allégement réglementaire et à l’efficacité gouvernementale en plus de mettre sur pied une commission pour entendre les entreprises. Le ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Énergie, Stéphane Paquet, doit réduire le fardeau fiscal et réglementaire et mettre fin au favoritisme dans les subventions.
Mais l’exercice se complique, puisque le gouvernement s’est aussi engagé à alléger le fardeau des contribuables. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, doit ramener l’équilibre budgétaire tout en retirant les taxes sur les biens usagés et en réduisant la taxe sur l’essence, alors que d’autres ministères portent des engagements coûteux, comme la construction de 20 000 logements sociaux en quatre ans. Le premier budget de mars 2027 dira jusqu’où le gouvernement peut aller à la fois dans la rigueur et dans les promesses.
Parité et régions
L’équilibre se vérifie d’abord dans les chiffres : le conseil compte neuf femmes et 13 hommes, soit 40 % de femmes, ce qui le place à la limite de la zone paritaire. C’est aussi un cabinet pensé pour couvrir le territoire, et chaque région a un ou une ministre responsable. Meggie Richard, ministre responsable des Régions et de l’Occupation du territoire, doit veiller à ce que toutes les voix se fassent entendre autour de la table et mettre en œuvre la décentralisation.
Mais être responsable d’une région n’est pas la même chose que la comprendre et l’incarner. La région de Québec et l’Outaouais en sont de bons exemples : dans la capitale, où le Parti québécois n’a aucun député, le dossier revient pour le moment à Nicolas Girard, élu de Repentigny, alors qu’en Outaouais, c’est Camille Pellerin-Forget, élue d’Iberville, qui porte la région sans y avoir de siège. Ils devront bien s’entourer et gagner leur légitimité sur le terrain.
L’indépendance au Conseil des ministres
Le Conseil des ministres compte un titre consacré à l’indépendance : ministre responsable de l’Accession du Québec à l’Indépendance. Il s’ajoute à ceux de vice-première ministre, de ministre de l’Immigration et de l’Intégration et de leader parlementaire du gouvernement, tous confiés à Catherine Gentilcore.
Selon les termes du gouvernement, ce mandat comprend la préparation de l’indépendance, la protection de l’espace de réflexion sur ce sujet, la collaboration avec Ottawa lorsque l’intérêt du Québec le commande et la fin du statu quo constitutionnel. Son défi sera de concilier cette mission avec sa fonction de leader parlementaire. Elle devra bâtir des ententes avec les autres partis, même si toutes les formations ne partagent pas l’objectif du gouvernement.
Les rendez-vous à surveiller
Plusieurs chantiers donneront les premiers indices du ton du gouvernement. La commission sur la réglementation, attendue d’ici la fin de l’année, dira comment il compte écouter les entreprises. En santé, la volonté de décentraliser le réseau, de réduire la bureaucratie et de rendre la gouvernance plus compréhensible mettra à l’épreuve l’organisation actuelle, dont Santé Québec. Les États généraux sur l’éducation, prévus au début de 2027 avec les parents et les élèves, et pas seulement les groupes d’intérêt, diront si l’ouverture annoncée est réelle.
La réussite de ces chantiers passera par la collaboration. Le premier ministre dit avoir bien compris le message de la population, qui a élu des députés de quatre partis différents. Les ministres devront maintenant apprendre à collaborer avec les oppositions pour le prouver.

