Les militants de la CAQ ont tranché : une deuxième femme dans l’histoire du Québec devient première ministre. Christine Fréchette hérite du legs de François Legault et aura la tâche d’écrire le nouveau chapitre politique qui se profile.
Mme Fréchette a maintenu son avance tout au long de la course, bénéficiant de l’appui de nombreux collègues ministres et députés. Sa victoire dénote un choix de prudence, de stabilité et de besoin constant d’action sur le front économique.
Pour M. Drainville, le revers qu’il subit est un rejet de l’approche plus populiste qu’il a mise de l’avant. Les résultats demeurent honorables alors qu’au début de la course, les sondages le laissaient loin derrière. Au lendemain de l’annonce, il se rallie à son adversaire et entend poursuivre les discussions. Reste à voir la place qu’il occupera dans le futur conseil des ministres, alors que Mme Fréchette lui a promis un siège autour de la table.
La promesse de Mme Fréchette de détaxer des produits de consommation courante pour réduire la facture d’épicerie va dans le sens du fameux « vrai monde ». Il sera aussi judicieux de surveiller les questions d’immigration et de réduction de l’intervention de l’État.
L’économie, mais sous quelle forme?
Dans un contexte marqué par une économie toujours sous pression, une productivité insuffisante et des incertitudes qui perdurent, les militants ont fait le choix d’envoyer à l’édifice Honoré-Mercier celle qui se veut la championne de la question. Bien sûr, comme ancienne ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et ancienne PDG de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, elle se positionne avec le profil en la matière.
Concrètement, soulignons qu’il faut s’attendre à ce que le gouvernement Fréchette se concentre sur :
- La continuité dans l’attraction des investissements
- La poursuite du développement de filières stratégiques, particulièrement la batterie
- Le soutien aux entreprises
L’immigration, le sujet en embuscade
La question de l’immigration peut être vue sous deux angles : identitaire ou économique. La vision économique de Mme Fréchette, celle de la candidate gagnante, prévaut. Il faudra donc être attentif et actif dans le dossier des travailleurs étrangers temporaires pour lequel les attentes sont très grandes chez les PME du Québec.
Mais, il serait mal avisé d’ignorer l’enjeu de l’angle identitaire défendu par M. Drainville. La pression toujours bien présente du Parti Québécois continuera d’imposer la question dans le débat public et politique. Il sera intéressant de voir comment la première ministre défendra son approche d’équilibriste, qui doit permettre aux entreprises de s’appuyer sur les travailleurs étrangers tout en répondant aux défis que la croissance exponentielle de nouveaux arrivants au Québec impose sur les services publics.
La suite à Québec
La session parlementaire a été prorogée jusqu’au 5 mai prochain. Ainsi, rappelons que tous les travaux en cours tombent, les projets de loi qui n’ont pas été adoptés « meurent au feuilleton ». Bien qu’ils puissent être rappelés par l’entremise d’une motion, il restera à voir quelles priorités la première ministre souhaitera mettre de l’avant. Les analystes seront attentifs à la posture qu’elle prendra sur le projet de Constitution du Québec du ministre Simon Jolin-Barrette.
La prorogation permet également à Mme Fréchette de nommer un nouveau conseil des ministres qui aura le temps de se plonger dans les dossiers avant la reprise des travaux parlementaires. Ici aussi, la touche qui sera donnée à l’équipe gouvernementale donnera le ton des six prochains mois. Une rupture forcée pour que la nouvelle première ministre se donne les meilleures chances en route vers l’élection générale.


