Retour sur un automne politique mouvementé

Analyse

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À moins d’un an des prochaines élections générales, le paysage politique québécois traverse une période de transformation sans précédent. Entre l’incertitude économique et un climat social en ébullition, les cartes sont en train d’être rebrassées. Une chose est certaine : rien n’est joué.

Un environnement politique sous haute pression

La session parlementaire a été parsemée de négociations, de projets de loi et d’un recentrage des priorités qui n’ont pas fait l’unanimité.

Le voisin américain, avec ses propres glissements politiques, a exercé une influence indéniable sur le débat public québécois et canadien. Alors que l’économie et les grands projets sont au cœur des priorités, les finances publiques demeurent sous pression. Le vieillissement de la population impose des choix difficiles, tandis que les gouvernements doivent jongler avec des attentes citoyennes élevées et des marges de manœuvre financières réduites. La quête de l’efficacité de l’État ainsi que la gestion serrée des budgets ministériels créent des conséquences en région, causant insatisfactions et incertitudes. Tous ces éléments pourraient devenir déterminants en période électorale.

Sommes-nous à la fin d’un cycle politique? Certains l’espèrent, d’autres souhaitent obtenir une fois de plus la confiance des électeurs.

Coup d’œil sur la joute politique à Québec

Les derniers sondages révèlent une situation où les quatre principaux partis se retrouvent dans une position où tout peut encore basculer. L’actualité des dernières semaines en est la preuve.

Le Parti québécois : une posture favorable

Le PQ devra veiller à maintenir sa position de meneur dans les sondages. Sa base militante se mobilise et l’essoufflement de la CAQ, après deux mandats, leur offre une posture favorable. Toutefois, la question de la souveraineté demeure un enjeu délicat qui ne rejoint pas une part grandissante d’électeurs.

Son positionnement axé sur le nationalisme et l’identité est clair, tout en vidant stratégiquement la question de la souveraineté avec son Livre bleu. L’objectif: s’accaparer l’espace politique représentant le changement.

La prochaine année risque d’être marquée par les relations avec les États-Unis et la renégociation de notre entente commerciale. Est-ce un contexte favorable pour parler d’indépendance alors que des secteurs clés de notre économie vivent une forte pression, notamment dans les régions du Québec? Les prochains mois nous le diront.

Le Parti libéral du Québec : en quête d’identité

Après une longue course à la chefferie, le PLQ pensait pouvoir ravir au PQ le titre de gouvernement en attente avec une vision renouvelée. Force est d’admettre que la crise ayant poussé Pablo Rodriguez vers la sortie en aura refroidi plusieurs. Dans toute la tourmente, c’est Marwah Rizqy qui aura réussi à protéger sa réputation.

Qui prendra sa place à moins d’un an de l’élection générale? Plusieurs questions sans réponse, et ce, marqué par le défi de reconnecter avec les régions et les francophones pour celui ou celle qui lui succédera. Les militants libéraux souhaitent profiter de l’effet de surprise d’un nouveau chef qui n’aura pas été défini par ses adversaires. La fraîcheur est souvent porteuse de succès lorsqu’un cycle politique se termine.

La Coalition Avenir Québec : l’usure du pouvoir?

La CAQ subit le sort généralement réservé aux gouvernements sortants de plusieurs mandats successifs. Le chef persiste et signe : il sera sur la ligne de départ en 2026. Il s’agit d’un risque pour le premier ministre, car il est bien connu que s’il n’est pas suffisamment convaincant et bien en selle, le jeu de coulisse pourrait le rattraper avec un caucus aussi nombreux.

Le discours d’ouverture et la présentation de la vision économique ont ramené une volonté de prioriser les actions du gouvernement, mais aussi d’identifier des adversaires clairs. Le gouvernement a ainsi réussi à contrôler l’agenda politique, ce qui est plutôt difficile en fin de mandat. Ce large exercice de polarisation aura toutefois fait des dommages collatéraux. Les négociations avec les médecins et les syndicats auront forcé la mise à l’écart du ministre de la Santé, Christian Dubé, qui bénéficiait pourtant d’un appui de l’opinion publique dans les dernières années en plus de pousser le ministre Lionel Carmant à devenir député indépendant.

Est-ce que les troupes caquistes ont encore des cartes dans leur manche? Les stratèges qui ont positionné abondamment le premier ministre dans diverses entrevues médiatiques de fin d’année doivent espérer que les aiguilles bougent durant le temps des fêtes…

Québec solidaire : le plafond de verre

Depuis le départ du co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois, QS a de la difficulté à se maintenir dans les sondages. Sa position plus à gauche parle à sa base militante, mais ne génère pas de rapprochement marqué avec les électeurs hors métropole.

Est-ce que le nouveau duo de porte-paroles, composé de Ruba Ghazal et Sol Zanetti, saura efficacement faire pression sur le gouvernement, mais aussi sur le Parti québécois, le nouvel adversaire à déjouer? Ils auront le défi de parler à la majorité et de modérer leur message, tout en ménageant leur base. Ils doivent trouver leur recette pour gagner ailleurs que dans les comtés très urbains du Québec. Leur positionnement auprès des syndicats lors de la grève des transports en commun à Montréal laisse un doute quant à leur stratégie.

Comment jouer ses cartes en période de changement?

Les organisations qui souhaitent faire entendre leur voix dans ce contexte en mutation devront indubitablement s’inscrire dans les narratifs dominants et générer des actions concrètes qui feront la différence.

Comment? En maintenant des relations avec toutes les parties prenantes, en identifiant des périodes clés, et surtout, en faisant preuve d’une agilité pour profiter des opportunités qui peuvent jaillir à tout moment.

Ce qui compte en affaires publiques, c’est d’être présent et d’avoir la capacité de s’adapter rapidement aux changements de contexte.

Les cinq commandements de l’action politique

En cette période d’incertitude, cinq principes devraient guider vos actions:

  1. Être pragmatique — Des attentes réalistes, mais surtout concrètes
  2. Être stratégique — Chaque geste doit servir un objectif plus large
  3. Être prêt — Les fenêtres d’opportunité s’ouvrent et se ferment rapidement
  4. Être méthodique — L’improvisation a ses limites
  5. Être patient — Les actions stratégiques prennent du temps

La période actuelle, à quelques mois des élections, continuera d’être mouvementée. C’est précisément ce qui la rend aussi fascinante et déterminante pour 2026.