Le départ du premier ministre Legault a ouvert un nouveau chapitre politique au Québec. Dans cette histoire, deux membres du caucus ont choisi de faire le saut dans la course à la chefferie de la CAQ pour devenir, ultimement, premier ou première ministre du Québec.
La tendance du début de campagne interne au parti au pouvoir semble donner un avantage à l’ex-ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. Maintenant uniquement députée de Sanguinet, Christine Fréchette a engrangé très tôt plusieurs soutiens de ses collègues. De son côté, Bernard Drainville, qui occupait le poste de ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, s’est lancé avec moins d’appuis, mais un élan plus marqué sur le terrain et au sein des employés de cabinet.
Les régions et les gènes adéquistes de la CAQ décideront-ils de la course ?
Le défi pour prédire le vainqueur est que la décision se trouve entre les mains des membres du parti et non de la population générale. D’où l’importance de ne pas sous-estimer le poids des régions et la sensibilité plus à droite des militants caquistes.
Dans ce contexte, se pourrait-il que les membres de la CAQ saisissent l’occasion d’envoyer un signal fort pour que le parti revienne à ce qui a fait son succès en 2018, soit la défense claire du Québec rural, de son tissu économique et de ses valeurs nationalistes. Souvenons-nous que le thème des régions avait encore été mis de l’avant lors du conseil général de 2021, à Trois-Rivières
L’économie de l’ancienne ministre contre le « vrai monde »
Les PME constituent 97 % des entreprises québécoises. Au moment où le gouvernement de M. Legault a connu plusieurs succès, mais aussi des échecs qui ont marqué l’imaginaire, les caquistes pourraient être tentés de donner un coup de barre en faveur des entreprises qui font le tissu économique du Québec. Cette possibilité est d’autant plus envisageable alors que le Parti Québécois s’est positionné clairement en faveur des PME lors de son caucus de rentrée organisé en Beauce.
Si Mme Fréchette entend rafler la mise, il faudra qu’elle puisse se détacher de l’héritage de son prédécesseur. Son profil d’élue de la région métropolitaine issue du milieu des affaires montréalais pourrait être une source d’hésitation pour plusieurs. Sa position à l’égard du troisième lien en est un bon exemple.
Conscient de ce contexte délicat, Bernard Drainville tente de se démarquer. En s’adressant au « vrai monde », à ceux et celles qui se lèvent tôt pour aller travailler et qui ont les valeurs nationalistes chevillées au corps sans être pour l’indépendance, il tente de dépasser Mme Fréchette sur sa droite économique, la fameuse troisième voie. En ajoutant le régime minceur de l’État dans l’équation, la voie adéquiste est ici clairement empruntée par le député de Lévis.
« C’est l’économie, stupide »
Comme le soulignait le grand stratège de Bill Clinton, James Carville, l’économie est la priorité du peuple : le coût de l’épicerie, le prix de l’essence, le pouvoir d’achat ou la croissance économique. Cela se vérifie dans cette course à la chefferie où la majorité des prises de position ont un lien avec l’économie du Québec. En plus des thèmes que nous avons abordés, n’oublions pas la question de l’immigration économique. Les régions et les entreprises dans un contexte de rareté de main-d’œuvre souffrent durement des récentes restrictions. Mme Fréchette a semblé garder une position de fermeté alors que M. Drainville s’est montré attentif aux doléances du terrain.
Quoi qu’il en soit, les membres de la CAQ prendront une décision qui marquera l’histoire du Québec, le dernier premier ministre démissionnaire étant Lucien Bouchard en 2001. Mais, ils auront aussi en tête la survie politique de la CAQ. Et à en croire le récent sondage de la firme Léger, l’avantage est à Mme Fréchette sur ce point.
Ce que nous retenons, en guise de conclusion, c’est que l’économie du Québec reste au centre de l’attention politique et que les candidats ont tout intérêt à miser sur les régions et les PME dans leur positionnement.

