Bilan parlementaire – Une session en deux temps

Session report

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  • État des chefs et des partis

    Difficile de prétendre que l’action a manqué au cours de la dernière session parlementaire québécoise : l’annonce de la démission du premier ministre François Legault, l’arrivée de Charles Milliard comme nouveau chef du Parti libéral du Québec, une victoire du Parti Québécois dans la partielle de Chicoutimi, l’entrée du Parti conservateur du Québec à l’Assemblée nationale avec la députée Maïté Blanchette-Vézina et la nomination de Christine Fréchette par les membres de la CAQ comme nouvelle première ministre du Québec n’en sont que quelques exemples. À travers cette série de bouleversements, s’ajoutent un contexte mondial turbulent et les effets inflationnistes de la hausse du prix du pétrole. La fin de cette 43e législature aura été marquante sous plusieurs égards.

    Une nouvelle première ministre

    Malgré une promesse de rester en poste jusqu’à la fin de son mandat, l’ex-chef et fondateur de la CAQ, François Legault, a pris tout le monde par surprise en annonçant le 14 janvier dernier qu’il laissait sa place. Deux figures connues du gouvernement se sont alors lancées dans une course à la chefferie : le député de Lévis Bernard Drainville et la députée de Sanguinet Christine Fréchette.

    Cette période de plus de deux mois a été marquée par une pause dans les travaux parlementaires. Les candidats ont eu à se défendre sur des positions de leur prédécesseur tout en tentant de faire leur place avec une vision et des idées nouvelles. Les partis d’opposition ont profité de la situation pour attaquer le bilan d’un gouvernement sortant en se positionnant comme l’avenue du changement. Le printemps se conclut tout de même par des tendances stables dans les sondages, avec des variations sporadiques en fonction des enjeux à la une, mais qui restent toujours marginales.

  • Des chantiers majeurs en santé

    Le Dossier santé numérique (DSN) a révélé des tensions liées à la transformation numérique au sein de l’État. Les syndicats ont transformé le déploiement du DSN en moyen de pression syndical, créant un débat public pour la première ministre Christine Fréchette et la ministre de la Santé, Sonia Bélanger. Entre-temps, le député Gilles Bélanger, ancien ministre de la Cybersécurité et du Numérique, s’est retiré du caucus pour marquer son désaccord avec l’entrée en vigueur du projet, en invoquant des risques pour la sécurité des données.

    Le déploiement s’est néanmoins déroulé sans incident, constituant un premier test pour Santé Québec qui se retrouve coincé entre les orientations politiques et ses propres obligations.

    Sur le plan de l’accès aux soins, la signature de l’entente avec la FMOQ, visant à garantir l’accès à un médecin de famille pour 500 000 Québécois d’ici l’été 2026, a suscité de vives réactions des formations politiques, notamment quant au rôle et à l’utilisation du Guichet d’accès à la première ligne (GAP) comme solution d’accès aux soins. La ministre Bélanger a toutefois annoncé l’atteinte de cet objectif un mois plus tôt que prévu, soit à la fin mai 2026. Une entente de principe a également été conclue par la ministre Bélanger avec la FMSQ en avril, mettant fin à des mois de négociations mouvementées entre le gouvernement et les médecins.

    Le dossier des infrastructures aura aussi dominé l’actualité politique. L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, symbole de la vétusté des bâtiments québécois, a été la toute première annonce de la nouvelle première ministre. En toile de fond, Fréchette a signé cinq ententes en matière d’infrastructures avec le gouvernement Carney, totalisant près de 10 milliards de dollars, dont un milliard spécifiquement dédié à des projets prioritaires en santé, couvrant notamment l’Hôtel-Dieu de Lévis, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l’Hôpital de Jonquière, l’Hôpital de Chicoutimi, le futur CHU de l’Outaouais et l’Hôpital Charles-Le Moyne à Longueuil.

    Finalement, le projet de loi 23 visant à modifier la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui (P-38) aura été adopté à la dernière journée de la session. Son étude détaillée a mis en lumière des positions partagées entre les appels à la prudence et la volonté de faire évoluer rapidement l’encadrement actuel.

  • Les municipalités au cœur des défis

    Les municipalités et les villes, par leur proximité, font d’elles des actrices de premier plan sur le terrain. Itinérance, transports en commun, infrastructures et même travailleurs étrangers ne sont que quelques exemples qui ont alimenté leurs revendications.

    L’itinérance n’a jamais été aussi visible au Québec. En avril, le dénombrement national confirmait ce que tout le monde voyait déjà : 12 000 personnes en situation d’itinérance visible, une hausse de 20 % depuis 2022. Le phénomène s’étend désormais aux régions, plaçant des municipalités qui n’y étaient pas préparées en première ligne. L’annonce de 28 M$ faite par la première ministre Fréchette, en mai, pour un projet pilote de 1 000 unités de logement n’a pas suffi à éteindre le débat. D’autant que les villes réclament depuis longtemps un filet de sécurité provincial à la hauteur de la crise. La sortie de l’ancienne première ministre Pauline Marois, qui réclame la tenue d’un sommet national sur l’itinérance, confirme que le sujet s’imposera en campagne électorale.

    Le dossier du financement des infrastructures municipales a également monté en intensité. En janvier, l’Ordre des ingénieurs sonnait l’alarme. En mars, le budget accordait 377 M$ supplémentaires sur dix ans au PQI, une hausse que l’UMQ qualifiait aussitôt de signal modeste face à un déficit de 50 G$. Début mai, la Commissaire au développement durable concluait que le MAMH n’exerce pas le leadership attendu pour soutenir les municipalités dans le financement de leurs infrastructures en eau. Une semaine plus tard, le rapport Marceau-Jérôme-Forget, commandé par l’UMQ, était sans appel : le modèle fiscal des villes est arrivé à ses limites et un fonds dédié de 15,75 G$ s’impose. Face à cet étau, le gouvernement a lancé des États généraux sur le coût et le financement des infrastructures municipales à la mi-juin. Les attentes du milieu municipal sont clairement énoncées et continueront de s’imposer au fil de l’été.

  • Les transports qui divisent

    La Capitale-Nationale a été et sera le théâtre de nombreux débat en matière de transport.

    D’abord, le projet de tramway, qui était en attente de son financement, a obtenu 55 M$ pour la construction du tunnel qui reliera la colline Parlementaire à Saint-Roch. Simultanément, le gouvernement provincial a conclu avec Ottawa une entente de 2,75 G$ via le Fonds pour le transport en commun du Canada couvrant la pleine part fédérale à la hauteur de 40 %. Le Québec a été la dernière province à signer l’entente de financement pour le transport en commun, ce qui a permis à Mme Fréchette de renforcer son image comme collaboratrice efficace avec le fédéral en concluant une négociation qui s’étirait.

    D’un autre côté, le troisième lien continue de diviser la population comme les politiciens. Comme promis durant la course à la chefferie, la première ministre privilégie désormais un lien à l’Est et a lancé un appel d’intérêt en partenariat public-privé. Le dossier fera encore partie des discussions de la prochaine élection.

  • La sécurité en trame de fond

    Comme vice-premier ministre et ministre de la Sécurité intérieure, Ian Lafrenière avait l’objectif de gagner la confiance des Québécois et Québécoises. Cette session aura offert de rares moments où la joute parlementaire a cédé le pas à une volonté collective de régler des problèmes concrets, au-delà des lignes de parti.

    Le projet de loi 4, la loi Gabie Renaud, adoptée et sanctionnée le 11 juin, en est l’exemple le plus fort. Inspirée de la loi de Clare au Royaume-Uni, elle permet désormais à toute personne craignant pour sa sécurité d’obtenir de l’information sur les antécédents en violence conjugale d’un partenaire intime. Portée initialement par Ruba Ghazal, co-chef de Québec solidaire, à la mémoire de Gabie Renaud, tuée en septembre 2025 par un conjoint multirécidiviste laissé en liberté, la loi a rassemblé tous les partis autour d’une même cause. En moins d’un mois, le projet a franchi toutes les étapes à un rythme exceptionnel.

    Dans le même esprit, le projet de loi 9 interdisant la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans a été adopté à 103 voix contre 1. Déposé le 5 juin, le projet de loi fait suite au décès du jeune Zachary Miron, 15 ans, des suites d’une arythmie cardiaque liée à l’interaction entre une boisson énergisante et son médicament pour le TDAH. Le Québec devient ainsi la première province canadienne à légiférer sur les boissons énergisantes.

  • Identité et carte électorale

    Annonçant une vision économique et identitaire, la première ministre aura dû délaisser le projet de loi 1 visant à doter le Québec d’une constitution. Ne faisant pas l’unanimité auprès des partis d’opposition ni des groupes rencontrés, le dossier reviendra dans la plateforme électorale de la CAQ, mais nécessitera davantage d’adhésion pour être éventuellement revisité.

    La question du français s’impose dans les discussions, forçant notamment le chef du Parti libéral du Québec à se commettre lors du renouvellement de la clause dérogatoire pour la loi 96 par le Gouvernement Fréchette. Charles Milliard a tenté de préserver sa base militante majoritairement anglophone et de séduire l’électorat francophone, un exercice qui produit pour l’instant des résultats mitigés.

    Dans un flou jusqu’au dernier instant, le projet de loi 3 aura finalement donné raison aux régions en menant désormais à 127 le nombre de circonscriptions au Québec. Les élus ont ainsi une autre avenue que celle proposée par la Commission de la représentation électorale, préférant une addition à un redécoupage qui aurait fait disparaître une circonscription en Gaspésie et une dans l’Est de Montréal.

  • L'immigration, un combat économique

    L’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en novembre 2025 avait provoqué une forte mobilisation des organisations économiques, des établissements d’enseignement supérieur, des municipalités et des entreprises, qui voyaient leur capacité de recrutement coupée sans préavis ni période de transition. Malgré un bras de fer persistant entre la volonté de réduire les seuils d’immigration et les besoins criants de main-d’œuvre, le gouvernement Fréchette a rouvert le PEQ pour deux ans. Le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), présenté comme le successeur modernisé et régionalisé du PEQ, demeure toutefois insuffisant pour certains métiers manufacturiers en forte pénurie.

    L’enjeu de l’immigration reste complexe, conjuguant compétences fédérales et provinciales, ce qui pousse les élus des deux ordres de gouvernement à se renvoyer la balle. Il constitue également une question sensible qui sera certainement au cœur des débats alors que les parcours de vie de milliers de résidents du Québec sont remis en question.

  • Le coût de la vie omniprésent

    Le coût de la vie s’est imposé comme un enjeu central, accentué par un contexte géopolitique instable. La guerre en Iran a fait grimper le prix du pétrole, alourdissant les coûts de nombreux biens de consommation.

    Depuis son entrée en poste, la première ministre Fréchette a multiplié les annonces pour soulager les Québécois. Le remboursement de la taxe de bienvenue pour les premiers acheteurs, l’adoption du projet de loi 22 abolissant la double taxe pour les copropriétaires, une réduction de 50 $ sur les droits d’immatriculation, une bonification du crédit de solidarité et l’abolition de la TVQ sur certains produits d’épicerie et de pharmacie constituent l’essentiel du bouquet de mesures annoncées.

    Bien que ces annonces aient reçu certaines critiques pour leur faible impact, l’enjeu se retrouve dans le discours de tous les partis d’opposition. Les moyens proposés risquent de changer, mais la volonté demeure similaire.

  • Le rendez-vous d'octobre

    À l’aube d’une campagne électorale, chaque parti quitte cette session avec son récit bien en main. Dans leur bilan respectif, ils ont mis de l’avant certaines priorités. La CAQ défend un bilan de livraison d’engagements dans un contexte difficile. Le PLQ promet de réparer ce que huit ans de gouvernance caquiste aurait abîmé. Le Parti Québécois mise sur la constance et l’authenticité en maintenant le cap vers son projet d’indépendance. Québec solidaire plaide de nombreux gains obtenus, malgré une rupture plus profonde à l’interne et avec son électorat.

    Le compteur est maintenant lancé et les candidats entameront un été en mode séduction pour obtenir le vote des électeurs le 5 octobre prochain.