Churchill Falls : Une entente-cadre historique

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Plus tôt cette semaine, les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, en présence et avec l’appui d’Ottawa, ont dévoilé une entente-cadre qui redéfinit les cinquante prochaines années d’exploitation du complexe de Churchill Falls. C’est un moment historique dans les relations entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador, mais aussi sur le plan énergétique.

Plus ambitieuse que l’entente précédemment négociée sous François Legault, elle prévoit un potentiel total de 14 000 MW pour l’ensemble du projet, dont le Québec pourrait retirer jusqu’à 10 000 MW. Le projet prévoit l’augmentation de puissance de la centrale Churchill Falls elle-même, le développement de la nouvelle centrale de Gull Island, et la mise en place d’une capacité éolienne au Labrador, cette portion restante conditionnelle à des études de faisabilité. Le projet est aussi tributaire du consentement des Nations innues du Labrador et du Québec, qui ont d’ailleurs rappelé l’importance d’être consultées pour tout projet sur leur territoire ancestral.

Une conjoncture politique délicate

À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale, la première ministre, Christine Fréchette, en fin de mandat, engage le Québec dans un projet structurant de plusieurs décennies. Il en restera quand même au gouvernement élu d’entériner l’entente, ou non, dans les mois suivants. Un positionnement critiqué par les oppositions qui remettent en doute la légitimité de l’entente.

Ce projet d’envergure s’impose du même coup dans la campagne électorale québécoise, et remet à l’avant-plan les besoins importants du Québec en capacité énergétique.

Ce que ça change pour les entreprises

Pour le monde des affaires, cette annonce doit se lire en deux temps.

D’abord, les entreprises ont raison de voir cette capacité additionnelle comme une bonne nouvelle bien qu’on ne règle pas l’accès aux blocs énergétiques à court terme. En date de mai 2025, c’était plus de 100 projets en attente sur le bureau du ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, totalisant 7 500 MW.

Il est déjà difficile pour les entreprises établies ici de se développer, et tout aussi difficile d’attirer convenablement celles qu’on souhaite accueillir, sans visibilité claire sur la capacité énergétique disponible du Québec. Cette entente amène donc une prévisibilité à plus long terme et évite un choc tarifaire en 2041, date de fin de l’entente actuelle.

Si le Québec a l’intention d’attirer des projets industriels de façon soutenue, avec l’ambition de réaliser sa décarbonation, il devra garantir une capacité conséquente, et Churchill Falls n’en est que le début. Sans oublier qu’au-delà de la capacité, des infrastructures adaptées et la visibilité restent des facteurs tout aussi déterminants pour le développement économique québécois.

Pour en faire un véritable vecteur de croissance, tous ces éléments devront être au rendez-vous. Chaque mégawatt compte, mais il en faut plus. Churchill Falls est un pas vers l’avant et reviendra assurément dans les discussions politiques des prochains mois.